“Il suffit d’écouter les femmes”, la voix des invisibles

La philosophe et documentariste Léa Veinstein, déjà autrice de J’irai chercher Kafka et d’Isaac, fait dialoguer dans ce livre la parole de femmes ayant avorté entre 1950 et 1975.

Par Bénédicte Flye Sainte Marie

il suffit d'écouter les femmes LMQPL

Pour dépeindre la réalité des avortements clandestins tels qu’ils se pratiquaient avant la légalisation de l’IVG, on n’avait que ce que les grandes voix comme Simone Veil, Gisèle Halimi et Delphine Seyrig, nous en avaient dit.

Mais personne n’était allé sonder jusqu’ici ce continent invisible des anonymes qui les ont subis dans leur chair.

Même la littérature, censée accompagner l’ensemble des expériences du genre humain, ne leur avait jamais fait aucune place, comme l’explique Annie Ernaux dans Les armoires vides

« Il n’y a rien pour moi là-dedans sur ma situation, pas un passage pour décrire ce que je sens maintenant, m’aider à passer mes sales moments »

Afin de les rendre audibles, l’INA a lancé en 2022 le projet « Il suffit d’écouter les femmes » visant à recueillir leurs témoignages à grande échelle.

Ce sont leurs mots, conservés dans leurs phrasé originel, que Léa Veinstein restitue dans cet ouvrage.

Si leur vécu diffère, comme leur ressenti par rapport à ce qu’elles ont traversé, elles se rejoignent sur certains points : le peu d’informations dont elles bénéficiaient à l’époque concernant leur corps et leur sexualité, le mépris, parfois aussi les maltraitances gynécologiques et les agressions auxquelles cette démarche illicite les a exposées et enfin les blessures du cœur, du corps et de l’âme que certaines ont conservées quand d’autres, racontés par leurs filles, ont y purement et simplement perdu la vie.

Des évocations salutaires, à l’heure où la liberté d’avorter, qui semblait un acquis et une bataille ancienne, s’avère être menacée dans de nombreux pays. 

Il suffit d’écouter les femmes, témoignages mis en récit par Léa Veinstein, 21€, Éditions Flammarion


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