“L’arnaque des nouveaux pères”, le vent trop léger du changement 

Déjà auteurs des Contraceptés, les journalistes Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain reviennent avec un ouvrage, illustré par Antoine Grimée, qui s’interroge sur les mutations en trompe-l’œil de la paternité.

Par Bénédicte Flye Sainte Marie

l'arnaque des nouveaux pères

Depuis des décennies, la presse n’a de cesse d’attirer l’attention sur ceux qu’elle qualifie de nouveaux pères. Investis au quotidien, davantage impliqués psychologiquement et émotionnellement, ils auraient su se délester des oripeaux éculés du pater familias à l’ancienne, du genre qui se contentait de subvenir aux besoins de son foyer mais ne levait plus le petit doigt une fois le seuil de sa maison franchie.

En quelques générations, leur approche de ce rôle aurait-elle été bouleversée ? Dépassé, le cliché du macho posté sur le canapé pendant que Madame officie au four et au moulin ? Pas si sûr si l’on en croit Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain, à qui l’on doit L’arnaque des nouveaux pères.

Persuadés au départ d’être à cet égard des hommes déconstruits, ils ont découvert d’abord, au fil de l’enquête qu’ils ont réalisée et qui les a menés jusqu’en Suède, pays-référence en terme de parité, qu’ils ne l’étaient pas tant que ça mais également que l’évolution tant vantée des papas d’aujourd’hui est un peu un faux-semblant.

Car s’ils sont incontestablement plus présents que ne l’étaient leurs ainés, ils se cantonnent le plus souvent aux tâches visibles et gratifiantes socialement, comme le fait d’aller jouer au parc avec leurs bambins ou aux réunions scolaires. Ils sont en revanche beaucoup moins actifs quand il s’agit de prendre leur part de charge mentale, d’anticiper les achats de fournitures et de vêtements, de préparer les vacances, d’assurer le suivi médical de leur progéniture et autres joyeusetés chronophages.

La faute aux intéressés mais aussi au modèle professionnel français, qui survalorise le présentéisme en entreprise et regarde d’un mauvais œil les papas qui souhaitent ( vraiment) consacrer leurs fins de journée à leurs enfants ou prendre un congé parental.

Étayé par des interventions d’experts et des références à de nombreuses études scientifiques, ce livre est aussi salutaire qu’enrichissant. Seul regret : certaines thématiques, comme les facteurs socio-culturels qui favorisent les violences conjugales, n’y sont qu’esquissées…

L’arnaque des nouveaux pères, enquête sur une révolution manquée, de Stéphane Jourdain et Guillaume Daudin, illustrations d’Antoine Grimée, 20€50 , Editions Glénat.

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