“Mafalda, mon héroïne”, l’icône revisitée
Devenu l’emblème de la résistance face aux injustices, le personnage-phare de Quino, mort en 2020, reprend vie avec la verve qui le caractérise dans un magnifique album collectif.
Par Bénédicte Flye Sainte Marie
Née en 1964, elle habite notre imaginaire depuis des décennies. Pour souffler les soixante bougies de la mythique Mafalda, fillette à l’esprit aussi acéré qu’il est lucide, voire pessimiste, sur l’état du monde, quinze autrices, toutes des références dans le monde de la bande- dessinée, sont au rendez-vous dans ce livre composé à trente mains. Elles y réinventent chacune à leur manière les aventures de la créature de Quino. Florence Cestac, Soleda Bravi et Marie Bardiaux- Vaiente, qui a co-signé le marquant Bobigny 1972 sont notamment de la partie sans oublier Pénélope Bagieu, qui habille la couverture.
Or, si le trait varie selon les illustratrices, toutes accordent leurs violons et crayons pour évoquer la pertinente impertinence de Mafalda. Car dans cet ouvrage, comme chez Quino autrefois, la brunette n’a de cesse, à coup de répliques taillées au cordeau, de pointer les inégalités entre classes sociales et le manque de parité entre hommes et femmes. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle malmène ses parents ; sa mère qu’elle enjoint à se « libérer des schémas patriarcaux » et son père à qui elle reproche son « esprit bourgeois de non-partage » des tâches. Enfant des sixties, Mafalda voyage aussi dans le futur pour s’indigner du saccage infligé à la planète et dénonce l’hypocrisie des adultes qui enseignent la politesse aux petits mais s’injurient comme des chiffonniers à l’Assemblée nationale.
Avec son courage et son bagout, Mafalda est tout ce qu’on aimerait être et on peut penser qu’il y a un peu d’elle dans les jeunes figures militantes d’aujourd’hui. Qu’on se le dise d’ailleurs, dixit ce livre, on n’a pas fini de « l’entendre se révolter ! »
Mafalda, mon héroïne, de Florence Cestac, Aude Picault, Maëlle Reat, Florence Dupré la tour, Vero Cazot, Agathe de Lastic, Marie Bardiaux-Vaïente, Soledad Bravi, Gally et Maud Begon, 17, 50 e, Editions Glénat.