“Écrire sa vie” : une existence au singulier
Battant en brèche la constante injonction à la réalisation de soi prônée par les chantres du développement personnel, l’ouvrage de Marianne Chaillan offre des pistes pour s’en affranchir et trouver son chemin d’équilibre.
Par Anne Bezon
À l'heure où le développement personnel nous encourage, du matin au soir et du soir au matin, à devenir la meilleure version de nous-mêmes, la professeure de philosophie Marianne Chaillan propose, dans son essai Écrire sa vie, une réflexion profonde mais toujours accessible sur le destin. Sommes-nous prisonniers d’une voie toute tracée à la manière d’Antigone et de sa trajectoire tragique ? Ou bien au contraire, pouvons-nous faire en sorte d’écrire cette destinée ? Et qu’est-ce que le libre arbitre, au juste ?
Mêlant philosophie, pop culture et littérature, Marianne Chaillan nous embarque dans une quête à la fois joyeuse et angoissante, passionnante et perturbante : celle de la liberté, notre liberté à écrire notre propre vie. Si tout est déjà écrit, devons-nous être résignés ? Au contraire, une liberté totale n’est-elle pas synonyme de vertige devant le champ infini de possibles ?
Comme dans ses précédents ouvrages, Où donc est le bonheur ? ou A la folie passionnément, Marianne Chaillan construit son texte de manière très pédagogique, partie par partie, comme elle poserait les briques de notre éducation à la philosophie et nous invite à prendre du recul par rapport aux pressants préceptes de développement personnel sous lesquels nous nous retrouvons submergés via les réseaux sociaux, qui les déclinent et les exploitent à l’envi…
Loin d’être fataliste ou pessimiste, cet essai nous ouvre au contraire les clés de la recherche de la liberté, par-delà le destin et la volonté. N’en déplaise aux gourous de l’accomplissement et du bonheur obligatoires !
Écrire sa vie de Marianne Chaillan, L’Observatoire, 19€