Juliette Nothomb nous parle de “Quand viendront chanter les loups”

L’autrice, dont la plume navigue au gré de ses passions, entre cuisine, fictions jeunesse et déclarations d’amour à la gent équine, a choisi d’évoquer le quatrième roman, paru chez Charleston, de Florence Herrlemann.

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

« J’ai déjà lu les romans précédents de cette fabuleuse romancière, je l’ai rencontrée, et donc, j’ai entendu sa voix. En ouvrant les pages de Quand viendront chanter les loups, je l’ai entendue à nouveau; mais cette fois, métaphoriquement et miraculeusement, à travers celle d'une personne à contre-courant, un   "gros dur", Abel, un bûcheron barbu et colosse en chemise à carreaux tels qu'on les voit dans les films du Grand Nord. Avec un discours simple, taillé à la hache (normal!), sans afféterie ni lourdeurs de sensiblerie. Et pourtant... c'est l’auteure qui parle, de son cœur délicat qu’elle prête à cet homme blessé par la vie, rongé de culpabilité, refermé sur lui-même pour s'infliger un châtiment qu'il ne mérite pas. Si son fils est parti, ce n'est certainement pas "à cause de cette dispute-là" mais c’est révélateur d'un mal-être de bien plus longue haleine chez ce jeune qui, un jour ou l'autre, aurait fugué, non parce que ses parents ont failli à leur rôle, mais tout simplement parce que nombre d'enfants passent par cet âge fragile et torturé. 

C'est sur ce terrain d'homme meurtri par la vie et l'incompréhension qui le taraude qu'arrive George, enfant totalement attachant, désarmant, mais aussi mystérieux, énigmatique en tout cas, et presque christique.

Puis nous voilà emportés dans le quotidien du narrateur, son bûcheronnage, ses relations avec ses rares amis, ses quelques collègues pas nécessairement bienveillants... tout cela avec pour toile de fond, évidemment très symbolique, la beauté de la montagne et de la nature sauvage, des ciels purs et étoilés, de l'air vif et non corrompu par les villes "d'en bas" qui semblent des enfers nécessaires à l'opposition avec le purgatoire - sinon le paradis - des hauteurs. Vient ensuite Martha, qui serait la deuxième étape d'une rédemption, après celle du sauvetage du jeune garçon.

Là où nous sommes attendus au tournant, c'est que nous sommes emmenés le long d'un chemin pas du tout prévu : déjà, le lecteur s'imagine, eh bien, des tas de choses, au sujet du devenir de la relation du héros avec cet étrange grand enfant. Je ne divulgâcherai pas cette conclusion - qui n'en est pas une, mais plutôt un devenir - pour conserver aux futurs lecteurs la joie de découvrir eux-mêmes les routes mystérieuses de l'âme humaine que ce livre leur propose. Cependant, ce que je peux révéler sans réserve, c'est que j'y ai lu, vécu, un grand livre d’espoir »

Quand viendront chanter les loups, Florence Herrlemann, 19€, Charleston, 2025


L’actu de Juliette Nothomb : Après Éloge du cheval, paru en 2022, Juliette Nothomb, toujours aussi inspirée par cet animal, a publié le 2 octobre 2024 Mémoire d’une jument qui nous fait monter en selle aux côtés de Rossinante, la fidèle monture et compagne des épopées de Don Quichotte, en l’absence de laquelle le gentilhomme espagnol n’aurait pas eu le destin qu’on lui connait ( Éditions Jean-Claude Lattès, 19€

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