Odile Lefranc nous parle de “La fille de l’autre”
L’autrice du Lac au miroir, qui a reçu le Prix du premier roman des lecteurs de l'estuaire de Vilaine 2023, s’est passionnée pour le récit autobiographique de Caroline Thivel, une quête intime que vient magnifier la poésie d’Alain Borne.
Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie
« Un jour, le père de Carole lui apprend qu’elle serait la fille d’un autre. Lorsqu’elle interroge sa mère, Marie, celle-ci avoue, renie, esquive. Puis elle meurt, emportant avec elle une vérité qu’elle a toujours refusé de dire.
Dès le départ, l’identité du père biologique est posée : Alain Borne, “ le poète aux 100 femmes”. Pas de suspense artificiel, l’enjeu est ailleurs. Reconstituer l’histoire d’un amour – celui de sa mère et du poète.
Un amour fou, tapi dans les lettres, les souvenirs des amis d’Alain Borne, les silences aussi. Un amour dont la trace subsiste encore à travers ses mots, qui ponctuent le récit comme un fil invisible.
Et c’est là que le livre prend racine.
Car il ne s’agit pas seulement de retrouver un père, de marcher sur ses pas, de revoir Montélimar. Il s’agit de se confronter à l’écriture, à une parole vacillante et lumineuse. De se confronter à un poète.
Qui plus est, son propre père. Qui prendrait un tel risque ? Sa fille, sûrement. Caroline Thivel ose. Elle écrit tout comme elle nous donne à lire les vers d’Alain Borne :
“Je vais me taire ce soir après ce poème
Ranger ma voix et mon sang
Laisser venir quelques heures où tout se passe
Comme si tu n'existais pas”
Mais sa quête ne s’arrête pas à la figure du poète, à cet homme qui se révèle peu à peu, tantôt solaire, tantôt insaisissable. Très vite, une autre question s’impose : celle du lien avec
Antoine, celui qui l’a élevée, celui qui, par amour, s’est mis en retrait pour laisser Marie vivre sa passion. Où commence la filiation ? Que signifie être père ? Se joue ici la tension entre le lien du sang et celui du cœur, entre l’héritage biologique et l’amour transmis au quotidien.
En remontant le fil de son histoire, Caroline Thivel touche à cette intuition propre aux enfants : ces signes perçus sans être compris, qui un jour deviennent révélation. Et au bout du chemin, la question ultime surgit : Ai-je été désirée ? Mon père m’aimait-il malgré tout ? Caroline Thivel suit le fil jusqu’au dernier nœud. Et ce nœud n’est plus celui de la vérité, mais celui qui donne sens à toute vie. Voilà pourquoi j’ai tant aimé son livre »
La fille de l’autre, de Carole Thivel, 19€, Editions Plon
L’actu d’Odile Lefranc : Le lac au miroir, son premier roman est paru en janvier 2023 aux Éditions Viviane Hamy. Elle planche actuellement sur un deuxième ouvrage.