Laurent Petitmangin nous parle de “Ceux qui appartiennent au jour”
L’écrivain lorrain multi-primé pour son sublime Ce qu’il faut de nuit, dont l’adaptation cinématographique Jouer avec le feu est actuellement en salles, partage avec nous le bonheur qu’il a eu à lire le premier roman de la jeune autrice Emma Doude van Troostwijk.
Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie
« Si j’étais réalisateur, ma première idée pour adapter Ceux qui appartiennent au jour, serait d’utiliser les fondus au noir. Ceux qu’on voit dans les films des années 60, à l’image grainée, belle et lumineuse. À la réflexion, le noir serait peut-être bien violent pour le texte d’Emma Doude van Troostwijk, il faudrait imaginer des fondus au clair, gris perle, oui, d’un gris de bruine. Et imaginer des transitions très douces pour bien rendre l’histoire dans sa lumière, et ses silences.
C’est naturellement beau un presbytère, on l’a bien en tête, on en dessine parfaitement ses pièces claires et carrées, silencieuses, pourtant pleines de résonance, et surtout son jardin, bien protégé, un peu désordonné, jardin de curé, disons ici de pasteur. Celui d’Emma est encore plus beau : il est habité de corps assez dénudés, laiteux, comme on les imagine sur les plages du Nord. Ces corps, on les sait maigres, sûrement sportifs un jour, aujourd’hui fragiles. C’est dans ce lieu que la complicité entre le frère et la sœur se dévoile, troublante. D’abord à eux : ils se retrouvent, à la fois enfants et aujourd’hui adultes. À nous lecteurs ensuite.
Nous sommes invités à un rassemblement familial, grands-parents, parents et ainsi frère et sœur, six à vivre, dans leur gaité, leurs empêchements et leurs doutes. Les trois hommes ne tiennent qu’à un fil, en néerlandais, — le roman se nourrit de cette langue — « ils appartiennent au jour » ; la faute à la maladie, à l’épuisement, et pour le frère, à la peur de s’engager dans la vie et reprendre la charge familiale de pasteur. Ce sont les femmes qui gardent le cap.
C’est un court roman tout en contraste, on ne peut plus sensuel, tactile, pourtant d’une exquise réserve, léger et apaisant, — qu’ils sont beaux ces petits-déjeuners, ces corps patients, qui s’apprennent encore —, et haletant, on voudrait que tout se termine pour le mieux, mais on n’en a aucune garantie. Comme toujours ».
Ceux qui appartiennent au jour, d’Emma Doude van Troostwijk, 17 €, Les Éditions de Minuit
L’actu de Laurent Petitmangin : Après Ce qu’il faut de nuit qui lui a valu entre autres le Femina des lycéens, Laurent Petitmangin a publié Ainsi Berlin et Les Terres animales, toujours aux Editions La Manufacture des livres. Chez Actes Sud Jeunesse, on lui doit Infiltré, qui raconte l’épopée de Dietrich, un adolescent est-allemand passé de l’autre côté du mur en 1967 qui va rejoindre la très réputée université de Stanford. Jouer avec le feu, transposition sur grand écran de Ce qu’il faut de nuit avec Vincent Lindon, dans le rôle-titre, est sorti en salles le 22 janvier 2025.