“Vaserely, l’héritage maudit”, vol au-dessus d’un nid de vautours
Depuis des décennies, la succession du génial plasticien déchire ses descendants et la drôle de faune qui les entoure. Julie Malaure revient dans son livre sur cet interminable feuilleton...
Par Bénédicte Flye Sainte Marie
Fait de lignes mouvantes, de spirales hypnotiques et de couleurs psychédéliques, le style de Victor Vasarely est unique.
Mais s’il a laissé derrière lui une immense œuvre, pionnière et visionnaire, dont les générations après lui n’ont pas fini de s’inspirer, tout n’est pas grand dans la destinée de ce géant.
Depuis sa mort et avant même cette disparition, le 15 mars 1997, se joue en effet autour de son héritage une comédie tragique où l’appât de l’argent et du gain facile a supplanté depuis longtemps le souhait de défendre sa postérité.
Où une nuée d’oiseaux de proie de toutes plumes et de tout poil tente de faire main basse sur ce qu’il reste de lui...
Ce sont justement les fils enchevêtrés de cette histoire que déroule dans Vasarely, l’héritage maudit la docteure en science, esthétique et technologie de l’art Julie Malaure.
Et comme en témoigne page après page l’autrice, tout dans la vie du Hongrois a fait le lit de futurs conflits : généreux jusqu’à l’excès auprès de quiconque le sollicitait, dépensant également sans compter pour la fondation portant son nom, il a enfin dupliqué certaines de ses créations à des centaines voire des milliers d’exemplaires, brouillant leur cote voire bradant leur valeur marchande.
Ce flou... artistique a permis que se joue ensuite une véritable foire d’empoigne autour du magot Vasarely.
Les premières à avoir ouvert le feu sont Michèle et Henriette, ses belles-filles, qui se sont un temps affronté, s’accusant l’une l’autre de vouloir faire s’approprier la fortune familiale.
S’est succédé ensuite, auprès du clan, toute une ribambelle de protagonistes qui n’avaient pas grand-chose en commun sinon d’avoir une moralité inversement proportionnelle à la hauteur de leurs ambitions.
Le plus grandiloquent et le plus surréaliste de ces personnages est certainement Charles Debbasch, le doyen de la faculté de droit d'Aix-en-Provence, qui a profité de son mandat à la tête de la fondation Vasarely pour se servir allégrement dans ses caisses, avant de transiter par la case prison et de prendre la tangente, direction l’Afrique, où il s’est improvisé conseiller constitutionnaliste auprès des dirigeants peu portés sur la démocratie, notamment au Togo....
Une saga à rebondissements aux allures de mauvaise télénovela que décrit avec brio, humour et gourmandise Julie Malaure au fil de cet ouvrage.
Et qui n’est pas close puisque la justice française réclame au FBI les œuvres que cette police a saisies il y a deux ans à Porto-Rico, où Michèle Vasarely s’était réfugiée pour ne pas honorer les demandes de ces mêmes magistrats...
Vasarely, l’héritage maudit, 21 €, Editions Le Cherche Midi